Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Vu à La Rochelle (5)

Déjà la moitié du festival ! Aujourd'hui, grand voyage : Brésil, Espagne, Chine et Ukraine soviétique, avec le premier film de Kira Muratova.

 

 

Brèves rencontres, Kira Muratova, 1967

 

 

Le premier film de l'ukrainienne Kira Muratova connut quelques problèmes avec la censure, situation qui allait se reproduire tout au long de sa carrière. Ce qu'on lui reprochait ? Trop de flashbacks et une propension au sentimentalisme. Pas faux d'ailleurs, notamment sur le premier point car Brèves rencontres est essentiellement fondé sur les souvenirs amoureux des deux personnages principaux. On pourrait ajouter que le film est très riche en dialogues, un peu bavard même, et que Muratova aime bien passer du coq à l'âne, dispersant de facto l'attention du spectateur. Néanmoins, il est évident dès les premières images que Muratova est une cinéaste talentueuse et qui n'a pas froid aux yeux dans son discours très critique à l'égard de l'administration soviétique. Le film est donc mieux qu'une simple curiosité même s'il est en quelque sorte victime de sa vivacité et sa densité.

 

Viendra le feu, Olivier Laxe, sortie le 4 septembre

 

 

Après Mimosa, Oliver Laxe confirme qu'il est un cinéaste particulier, exigeant beaucoup de patience de ses spectateurs. Viendra le feu se déroule en Galice, au milieu de paysages préservés et autour d'un pyromane repenti (ou pas) et de sa vieille mère qu'il vient aider à la ferme. Dépouillé à l'extrême et contemplatif, le film prend le rythme de la nature et de ceux qui ont choisi de vivre dans cette campagne un peu reculée. Si le film change de braquet avec un évènement considérable (voir son titre), il n'en reste pas moins fidèle à une idée minimaliste, notamment vis-à-vis de son personnage central, fruste et presque mutique. Sa psychologie intéresse peu le cinéaste qui préfère le montrer au quotidien, gardant pour lui ses véritables pensées. Néanmoins, Laxe semble dénoncer la vaine course à la modernité qui passe, par exemple, par la tentation du tourisme. Mais le message passe en douceur, pas appuyé pour un sou, et n'occupe qu'une place dérisoire dans un décor splendide, pourtant menacé. Viendra le feu est un beau film dont l'austérité n'est absolument pas un handicap pour séduire, à condition d'être dans l'état d'esprit idoine pour l'apprécier à sa juste valeur.

 

Bacurau, Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, sortie le 6 octobre

 

 

Après Les bruits de Recife et Aquarius, le nouveau film de Kleber Mendonça Filho (coréalisé cette fois avec Juliano Dornelles) ne pouvait que créer l'événement. Ancien critique, le cinéaste n'est visiblement pas de ceux qui se reposent sur leurs lauriers et Bacurau est très différent de ses prédécesseurs. Un vrai film de genre, très référencé (de Peckinpah au Cinema Novo, voire le western spaghetti). Un film fantastique, censé se passer dans un futur proche, mais que Mendonça préfère qualifier d'historique (et il prouve dans les scènes finales de Bacurau). Le mieux est d'en savoir le moins possible pour apprécier à sa juste valeur un film riche de tonalités très différentes, du gore au grotesque, au point qu'il est parfois impossible de déterminer s'il faut en rire ou en frémir. Pour les amoureux d'Aquarius, en particulier, le passage à Bacurau est franchement déstabilisant, surtout que l'entrée en matière est un tantinet laborieuse, le temps de comprendre de quoi il s'agit vraiment. Il ne s'agit pas que d'un film d'action ou d'un western, mais bien d'une oeuvre à fortes résonances politiques (voir le rôle des personnages américains et de la collusion du pouvoir brésilien) et sociales. Très dense et d'une grande opulence thématique, Bacurau peut se révéler une expérience en partie insatisfaisante, faute d'en saisir immédiatement tous les contours. Une fois digéré, le film mérite sans aucun doute une deuxième vision, histoire de mieux profiter de tous ses niveaux de compréhension. Et lire ce qu'en dit lui-même Kleber Mendonça Filho est tout à fait éclairant et passionnant.

 

Trois aventures de Brooke, Yuan Qing, sortie en novembre

 

 

Le distributeur de Trois aventures de Brooke parle d'un "enfant caché de Rohmer et Hong Sang-soo." Effectivement, il y a de cela mais l'impression reste quelque peu évanescente devant un film qui manque un peu de personnalité. Yuan Qing nous raconte trois petites histoires parallèles, avec le même point de départ et une héroïne récurrente, une jeune "touriste" chinoise égarée dans un coin de Malaisie. Le premier récit est charmant et inachevé, le second bien plus anodin et très bref et le troisième plus profond et s'attachant à révéler les vraies raison du voyage de son personnage principal en terre inconnue, aux côtés d'un écrivain français (Pascal Greggory) dont la présence est plutôt incongrue. Le ton est assez léger dans l'ensemble et convainc moins dès lors que les dialogues entendent évoquer le sens de la vie. Globalement, Trois aventures de Brooke se révèle bien trop sage et ne cherche pas à s'engager sur la piste de l'absurde alors que son type de narration le permettait. Peut-être que dans les paysages de rizières ou de plages solitaires où l'action se déroule, il manque à ses personnages de consommer quelques breuvages euphorisants (comme chez un certain cinéaste coréen) pour que leurs aventures prennent davantage de relief, au-delà de conversations assez convenues.

 



02/07/2019
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